Emmanuel M. Dubois

Compositeur - "Détours de l'amour" Op.21

Retour au choix de langue

Trois mélodies françaises, chantées par Yulia Pétrachuk, soprano, accompagnée par Karolos Zouganélis. Concert donné en avril 2016 aux Etats-Unis, à Fort Myers, Floride :

1. Nocturne: l'amour perdu - sur "Colloque sentimental" par Paul Verlaine (1844-1896)

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l’heure passé.
Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l’on entend à peine leurs paroles.
Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.
-Te souvient-il de notre extase ancienne?
-Pourquoi voulez-vous que je m’en souvienne?
-Ton coeur bat-il toujours à mon seul nom?
Toujours vois-tu mon âme en rêve? –Non.
-Ah! Les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches! –C’est possible.
-Qu’il était bleu, le ciel, et grand, l’espoir!
-L’espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.
Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.

2. L'amour innocent - sur un extrait de "A la musique" par Arthur Rimbaud (1854-1891)

-Moi, je suis, débraillé comme un étudiant,
Sous les marroniers verts les alertes fillettes:
Elles le savent bien; et tournent en riant,
Vers moi, leurs yeux tout pleins de choses indiscrètes.
Je ne dis pas un pas un mot: je regarde toujours
La chair de leurs cous blancs brodés de mêches folles;
Je suis, sous le corsage et les frêles atours,
Le dos divin après la courbe des épaules.
J’ai bientôt déniché la bottine, le bas...
-Je reconstruis les corps, brûlé de belles fièvres.
Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas...
-Et mes désirs brutaux s’accrochent à leurs lèvres.

3. L'amour marié - texte de Emmanuel Dubois d'après une fable de J. de la Fontaine

Perrette et le pot au lait – V. 2005

Perrette sur sa tête ayant un pot au lait
Prétendait arriver sans encombre à la ville, légère et court vêtue,
Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile, cotillon simple et souliers plats.
La laitière ainsi troussée, la-la-la-la-la, saute, saute, saute! A-a-a-a-ah.
“Si le pot tombe,” gronde son mari, “Aï-aï-aï-aï-aïe, adieu fortune !
Adieu la fortune, les écus d’or.”
Perrette retourne à son mari. “Notre fortune n’est point perdue, point du tout,
Du tout : J’ai caché ci-dessous l’argent frais !”
“Ma Perrette, oh, ma Perrette !” Il supplie, il implore : “Femme taquine,
Que caches-tu sous ce cotillon ? Oh!”
Que voit-il ? Il n’en croit pas ses yeux : sous le cotillon simple,
Bien trop simple, bien trop court, il découvre qu’en dessous Il s’y cachent deux écus d’or.

E. Dubois / J. de la Fontaine